Un cordonnier manipule quotidiennement des colles néoprène et des solvants classés inflammables, intervient sur des biens qui appartiennent à ses clients et exploite un atelier équipé de machines spécifiques. Ce profil de risque ne se résume pas à une simple responsabilité civile : il impose un assemblage précis de garanties, chacune répondant à une exposition identifiée.
Déclaration des produits inflammables et clause d’aggravation de risque
Les colles et solvants utilisés en cordonnerie relèvent des produits inflammables. Un contrat d’assurance qui ne mentionne pas explicitement leur présence dans l’atelier peut déclencher une exclusion de garantie en cas de sinistre incendie. Ce point est souvent sous-estimé lors de la souscription.
Nous recommandons de vérifier la clause d’aggravation de risque dans les conditions particulières du contrat. Cette clause oblige l’assuré à déclarer tout stockage de matières dangereuses. Une omission, même involontaire, autorise l’assureur à refuser l’indemnisation ou à la réduire proportionnellement.
Le risque incendie ne concerne pas seulement le bâtiment. Il touche aussi les machines (presse, ponceuse, machine à coudre industrielle), le stock de cuir, de semelles et de fournitures, ainsi que les biens des clients entreposés dans l’atelier. Pour un artisan qui a choisi de souscrire une assurance cordonnier adaptée, la déclaration complète des produits stockés conditionne la solidité réelle de la couverture.

Garantie biens confiés : le risque propre au cordonnier
La garantie biens confiés couvre les chaussures, sacs, ceintures et autres articles laissés par les clients pour réparation. Elle est rarement incluse dans les contrats multirisques généralistes, qui protègent le matériel de l’assuré mais pas les objets appartenant à des tiers.
Son absence crée un angle mort dangereux. Un dégât des eaux dans l’atelier qui détériore une vingtaine de paires de chaussures en attente de réparation génère une réclamation directe des clients. Sans cette garantie spécifique, l’artisan assume seul l’indemnisation.
Trois points à contrôler dans le contrat :
- Le plafond d’indemnisation par objet et par sinistre, qui doit correspondre à la valeur moyenne des articles confiés (certains cordonniers reçoivent des pièces de maroquinerie haut de gamme)
- L’étendue géographique de la couverture, notamment si des articles sont transportés entre un point de collecte et l’atelier
- Les exclusions liées à la nature des biens (fourrure, articles de luxe, objets non déclarés)
RC après prestation : durée de couverture et activités annexes
La responsabilité civile professionnelle classique couvre les dommages survenant pendant l’exécution du travail. La RC après prestation couvre les préjudices causés par une réparation défectueuse une fois l’objet restitué au client : un talon qui cède, une semelle recollée qui se décolle, une teinture qui déteint sur un vêtement.
La durée de cette couverture après restitution varie selon les contrats. Certains limitent la garantie à quelques mois, d’autres l’étendent davantage. Ce paramètre mérite une lecture attentive des conditions générales, surtout depuis que le bonus réparation a allongé les délais pendant lesquels un client peut revenir avec une réclamation.
Activités annexes à déclarer
Un cordonnier qui reproduit des clés, affûte des couteaux, grave des plaques ou répare de la maroquinerie exerce des activités annexes qui modifient son profil de risque. Chaque activité non déclarée peut entraîner un refus de prise en charge si un sinistre survient dans ce cadre.
La tendance actuelle du métier amplifie ce point. Les cordonniers interviennent de plus en plus sur des semelles monoblocs de baskets, des articles en toile, des accessoires variés. Le contrat doit refléter la réalité des prestations, pas seulement la cordonnerie traditionnelle.

Perte d’exploitation et protection du local : deux garanties distinctes
La RC protège contre les réclamations de tiers. Elle ne couvre ni les machines, ni le stock, ni les aménagements de l’atelier en cas de sinistre matériel. La protection du local et de son contenu est souvent proposée en option, séparément de la responsabilité civile.
La garantie perte d’exploitation complète ce dispositif. Un atelier immobilisé par un incendie ou un dégât des eaux continue de générer des charges fixes (loyer, assurances, échéances de prêt) sans produire de chiffre d’affaires. Cette garantie compense la marge brute perdue pendant la période d’interruption.
Points à vérifier pour cette garantie :
- La durée d’indemnisation maximale, exprimée en mois d’interruption
- Le délai de carence avant déclenchement de l’indemnisation
- Le mode de calcul de la marge brute retenu par l’assureur (certains excluent les charges variables)
Un cordonnier installé en bail commercial fait face à une contrainte supplémentaire : le bailleur exige généralement une attestation d’assurance multirisque couvrant les locaux. La RC seule ne satisfait pas cette obligation contractuelle.
Le choix entre un contrat RC isolé et une multirisque professionnelle dépend donc de la configuration de l’atelier, du statut d’occupation des locaux et de la diversité des prestations. Un artisan en micro-entreprise travaillant depuis un local modeste n’a pas les mêmes besoins qu’une cordonnerie multi-services en centre-ville, mais dans les deux cas, la vérification des clauses spécifiques au métier reste le socle d’une couverture réellement efficace.

